Pour une pédagogie de projet émancipatrice au service des apprentissages - Lettres et langue française Pour une pédagogie de projet émancipatrice au service des apprentissages

Pour une pédagogie de projet émancipatrice au service des apprentissages

La pédagogie de projet est aujourd’hui à la mode. Or la pédagogie du projet peut présenter un certain nombre de dérives si elle n’est pas sous-tendue par des exigences didactiques, si l’on ne précise pas les nécessités méthodologiques indispensables à son efficacité, ou si elle est confondue, comme c’est bien souvent le cas, avec la pédagogie par objectifs qui a largement montré ses limite. Elle représente toutefois une avancée décisive dans l’organisation pédagogique parce qu’elle engage une dynamique qui donne sens à l’acte d’apprendre. J’en développerai ici quelques implications. Par 
Maria-Alice MÉDIONI
Autrefois combattu, le projet est aujourd’hui devenu un incontournable, dans la mesure où il s’est institutionnalisé – projet d’action éducative, projet d’école ou d’établissement, projet personnel, projet de formation ou professionnel… –, ou une injonction. Il existe une abondante littérature sur ce thème qui définit les grandes lignes d’un projet, ce qu’il doit être et ne pas être, ses avantages et ses inconvénients, les avancées qu’il permet, les impasses auxquelles il peut mener. La question de cet engouement me paraît centrale. 
On se trouve, à l’heure actuelle, quasiment face à un « terrorisme » du projet — « nouvelle norme sociale à laquelle chacun est prié de se conformer » — et l’on peut légitimement se demander ce que cela signifie vraiment et ce que l’on veut obliger les individus à faire par ce biais. N’assiste-t-on pas à la récupération d’une notion qui permettait d’apporter, au moment de son introduction, une ré- ponse nouvelle à une situation de crise dans l’école ou la formation? Les partis pris sont-ils les mêmes que ceux qui ont prévalu chez ses concepteurs? Le projet, est-ce une fin en soi, un supplément d’âme, ou un outil? Le débat aujourd’hui reste vif. Pour les uns, il ne peut y avoir de formation sans projet: tous les apprentissages doivent et ne peuvent d’ailleurs se faire que dans le cadre de projets. 
Pour d’autres, le projet, supplément d’âme, permettrait d’agrémenter quelque peu l’ordinaire. Pour certains, le projet est un outil qui s’inscrit dans une réflexion sur l’activité et l’apprentissage. Pour d’autres, un outil de management, dans l’entreprise et particulièrement dans l’Éducation nationale par l’obligation qui est faite aux enseignants, à travers les projets d’école ou d’établissement, ou à l’apprenant, à travers ce qu’on appelle la construction du projet personnel.
 Pourtant, le projet me paraît être un des outils, parmi d’autres, permettant de répondre à un certain nombre de questions qui se posent à l’enseignant ou au formateur, au service de valeurs telles que l’autonomie, la non-délégation de pensée et de parole, la construction de la personne. Il ne sera pas question ici d’en faire l’apologie mais d’essayer de penser le projet sous l’angle du type de choix, y compris de société, que sa pratique préfigure. 
Le projet, comme « instrument pour construire une autre pédagogie » a été théorisé par l’équipe du GRAIN, « atelier de pédagogie sociale », dès les années 1980 : « Le projet est une tâche: 
– définie et réalisée en groupe, 
– issue d’une volonté collective,
– aboutissant à un résultat concret, matérialisable et communicable, 
– présentant une utilité sociale ». 
Cette définition me paraît correspondre à la pédagogie à mettre en œuvre au quotidien. La pédagogie de projet, telle qu’elle est définie ci-dessus correspond à une conception de l’apprentissage intégrant la dimension de construction du savoir à travers un faire social. Pour autant, la dimension des apprentissages ne saurait être évacuée.

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